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== Présentation par Thierry Prouvost == | == Présentation par Thierry Prouvost == | ||
Version du 9 septembre 2026 à 14:43
Discours de Ghislain Prouvost sur la famille Prouvost
Cercle de l'Union Interalliée, 2019

Présentation par Thierry Prouvost
Nous sommes innombrables ce soir. Autour de nous, les figures lumineuses de l’Église et de la cité : les ducs de Bourgogne, Pierre de Roubaix, Charles Quint, les archiducs Albert et Isabelle, Louis le Grand, Jean Bart, Saint-Bernard, le chevalier de Bonneval, Marguerite de Lespaul, Urbain-Dominique Virnot, Louis-Urbain Virnot de La Missart-Prouvost, la révérende mère Béatrix Prouvost, Catherine-Françoise et les manufactures royales du Dauphin, Louis de Brigode, Émilie Pellapra, les Chimay, les Henri I à V, les Charles I et bien plus, les Amédée I à VII, Charles Lenglart, Riesener, Eugène Delacroix, Lucien Bonaparte, Jacques-Louis David, Victor Mottez, le duc d’Aumale, Fragonard, la merveilleuse Joséphine Prouvost, les trois cousins poètes, César Franck, les Thureau-Dangin, Ferdinand de Lesseps, le prodigieux légataire Lacaze, le général de La Bédoyère, Charles Le Thierry d’Ennequin, la Chaconne de Vitali, Sainte Félicité, Saint Thomas d’Aquin, Guislaine de Polignac, les Pourtalès, Picasso, Chagall, les trésors du Septentrion et les palais de Bourgogne.
Honorons les innombrables vies consacrées, les officiers, les responsables de la cité et du bien commun, les chevaucheurs des cinq continents, les constants bâtisseurs, les collectionneurs, les mécènes, entre activisme et contemplation. Honorons, en bref, les chefs.
Un jour, le 15 août 2008, excédé par les médiocres, les jaloux, les arrivistes et autres usurpateurs, je commençai, toutes affaires cessantes, des recherches qui puissent me faire découvrir et comprendre mes racines à travers l’image qu’en apportait notamment mon grand frère.
J’ai pu découvrir instant après instant la beauté du tracé des parcs et des demeures patriciennes à la bourguignonne, à la flamande, à la française, héritée de mes pères. J’ai pu distinguer, sous les mauvaises herbes et la psychédélie des snobismes, la beauté des chênes tutélaires que sont les grands ancêtres — ces topiaires qui ne demandaient qu’à retrouver leurs sculpteurs —, la rectitude des allées de dévouement, de consécration, d’inscription dans la cité, de création, ou les charmes plus artistes de l’art de vivre en société.
Ce fut une page, cent pages, mille pages, jusqu’à huit mille huit cents pages qui sont aujourd’hui de magnifiques ouvrages imprimés. Alors, mes ancêtres réapparurent un à un, me présentant leurs illustrations et leurs apports à Dieu et à la cité, tout comme leurs défauts. Ils se rassemblèrent toujours plus nombreux, coopérant avec moi, m’apportant leur amour, leur fidélité et leurs œuvres, jusqu’à rassembler ce soir leurs familles.
Ces œuvres, vous les avez merveilleusement préfacées, cher Pierre de Bizemont, d’instinct, vous le si exigeant arbitre de société. Je les ai dédiées à mon grand-père Charles Prouvost-Masurel, chevalier et capitaine. On disait de lui : « Doué des plus beaux dons de l’intelligence et du cœur, il eut toutes les qualités du véritable chef. C’était un animateur et un entraîneur d’hommes. Tenace, énergique et bon. Lui, l’impétueux, le rapide, le bouillant, il ne suit pas, il attire. »
C’est aussi à vos parents, Anne et Albert, et donc à vous, cher Guislain et chère Nathalie, qui transmettez tout cet héritage, que ce grand œuvre est dédié. Vous avez tous remarqué que mes formulaires d’invitation sont longs et impétueux comme des fleuves. J’y ai très largement exposé votre parcours et celui de vos parents, mais vous allez brillamment, comme toujours, nous y conduire, nous surprendre et nous enchanter.
Discours de Ghislain Prouvost
Cher Thierry, mes chers cousins, cher ami, bonsoir.
Ce soir, au milieu de cette fête magnifique, ma plus grande crainte serait de vous endormir avec des histoires de groupes textiles.
Par contre, vous serez peut-être amusés par quelques considerations et anecdotes sur la famille que j’ai connue, ses complexités parfois déroutantes, son évolution intéressante et quelques réflexions sur les pays où j’ai habité.
Les gens du Nord, comme l’a si bien souligné Thierry, sont croyants, travailleurs, attachés à leurs racines, à leur famille et à une ville, que ce soit Lille, Roubaix ou Tourcoing — rarement les trois. Il y avait d’ailleurs une petite phrase qui disait que les Lillois ont de l’argent pour le dépenser, les Roubaisiens pour le montrer, et les Tourquennois pour en parler.
Je vais vous faire part de mes pensées sur nos racines, nos coutumes dynastiques et leur dispersion dans le monde de la globalisation.
On va commencer par Albert-Eugène Prouvost. Albert-Eugène, mon grand-père, était un personnage typique de Roubaix : très cultivé, latiniste distingué, helléniste, grand ami du poète Paul Géraldy. C’était aussi un passionné de théâtre français et l’époux remarquable de la charmante Rita Devemy, issue elle aussi d'une très belle famille du Nord. C’est d’ailleurs par Marc Devemy, née Duchochois, que le domaine du Verbois est entré dans la famille Prouvost. Je tiens à le souligner : les châteaux arrivent toujours par les femmes dans les familles.
Je me souviens des lettres hebdomadaires de mon grand-père quand j’étais pensionnaire à la Providence, à Amiens, chez les chers Jésuites. Tout y était empreint de douceur, de compréhension, d’encouragement au travail, et baigné de cette rigueur morale typique de nos familles. L’hiver, Albert-Eugène résidait à Paris, dans le magnifique appartement de la rue Barbet-de-Jouy loué depuis les années 1920. Il était réputé pour son élégance, son amour du théâtre, ainsi que pour ses achats d'art où, pour quelques francs, on pouvait acquérir des tableaux de peintres peu connus à l’époque, comme Renoir. L’été, dans son domaine de Pibonson à Mougins, la famille se rassemblait dans une atmosphère de joie et de recueillement intellectuel.
Albert-Eugène était également un passionné d’architecture. En 1938, Le Verbois n’avait ni salle de bain ni toilettes. Il a donc entrepris la reconstruction du château et du parc du Verbois avec l’architecte Jacques Regnault, Grand Prix de Rome. Pour le parc, il fit appel à l’architecte paysagiste Russell Page, très célèbre, qui avait déjà refait avant-guerre les jardins de Pibonson.
Albert-Eugène avait une vision et un désir de croissance pour ses entreprises. Avant la Première Guerre mondiale, il avait créé notre filiale américaine de peignage ainsi que des comptoirs de laine dans les pays d’origine, en Argentine et en Australie. Après la Seconde Guerre mondiale, croyant à l'avenir de l'agriculture, il acquit le domaine de Mokta au Maroc, produisant de magnifiques oranges, puis un vaste domaine en Camargue, la Chartreuse, avec son riz à long grain, ainsi que la ferme des Marguerites à Bondues.
La génération suivante, celle d’Albert Prouvost, était beaucoup plus révolutionnaire. Albert, vice-champion de France de saut en longueur, excellent danseur, parlant couramment l’anglais grâce à ses études à Oxford et l’allemand grâce à des séjours linguistiques, combattit efficacement en 1940 à la tête d’un bataillon et reçut la Croix de guerre. Il rencontra Anne de Maigret dans le parc de l’Île-aux-Moines. Pleine de talents intellectuels et artistiques malgré ses 18 ans, elle n’était hélas pas du Nord. Anne de Maigret, ma mère, était la fille de Bruno de Maigret et de Roselyne de Villeneuve-Esclapon. Par sa grand-mère Jeanne Bonaparte, elle descendait également de cette lignée impériale.
Durant la guerre, habitant Marcq-en-Barœul, mon père fut très actif dans la résistance. À la fin de la guerre, décoré de la Légion d'honneur, de la Médaille de la Résistance et de la Croix de guerre, il ne fut nullement inquiété. Rêvant de logements propres et lumineux pour les ouvriers, il fonda le CIL puis fit voter au niveau national le 1 % logement, tandis que son épouse s’occupait très activement des œuvres sociales et des maisons d’enfance.
En même temps, Albert, « l’homme pressé » comme il se décrivait lui-même, sillonnait la planète pour ouvrir de nouveaux comptoirs et usines au Brésil, en Espagne, en Afrique du Sud et aux États-Unis. Ces voyages, toujours faits avec Anne, étaient à la fois efficaces et passionnants des points de vue sociologique et artistique. Ils en rapportaient des souvenirs incroyables : collections de sagaies africaines, minéraux du Brésil, ornements du Sepik en Nouvelle-Guinée.
Les enfants que nous étions avons fait nos études essentiellement dans des écoles publiques et laïques, car Albert considérait que les professeurs y étaient les meilleurs. Chez les trois garçons, nous sommes devenus des scientifiques avides de connaissances mathématiques. Mon frère choisit les mathématiques aux États-Unis, et moi-même ai rejoint le MIT (Massachusetts Institute of Technology).
Ce séjour au MIT dans les années 1960 fut une révélation. J'y ai découvert l'informatique moderne, les cours de Computer Science, et y ai passé mon brevet de pilote d'avion.
Plus tard, en Catalogne, j'ai dirigé nos affaires textiles après la mort de Franco, puis je suis parti avec Isabelle, Alexandra et Aurélien pour Sydney en Australie, afin de piloter la construction d'un nouveau peignage à Wagga Wagga. Travailler dans cet immense pays, transformer nos bureaux de Sydney près de l'Opéra pour passer d'une activité d'acheteur de laine brute à vendeur de produits semi-finis, fut une expérience exceptionnelle. Cela m'a amené à voyager regularly en Inde, en Corée du Sud et au Japon.
À mon retour à Roubaix, il a fallu réorganiser les structures et moderniser les méthodes. Puis est arrivée l'année 1987, marquée par la disparition tragique de mon frère et l'OPA lancée sur notre groupe par le groupe Chargeurs. L'histoire industrielle familiale s'est alors arrêtée, mais l'attachement à notre patrimoine est resté intact.
Plus tard, avec mon épouse, nous avons fait l'acquisition du château de Dreuille en Bourbonnais, un ensemble architectural préservé avec son colombier, sa chapelle et son parc. Nous l'avons entièrement restauré et ouvert au public, rencontrant un magnifique succès local.
Sur beaucoup de familles du Nord, la France industrielle d'autrefois a parfois disparu. Mais grâce à Thierry et à ses remarquables recherches, nous savons que les générations à venir, nos descendants, conserveront les caractéristiques de nos ancêtres : le travail, l’honnêteté, l’amour et le sens de la parole donnée. Merci à toi, Thierry, pour ce travail d'une vie.
Interventions de conclusion
Merci Guislain pour ce très passionnant témoignage et pour ces mots qui me touchent. Les familles du Nord ont été modelées par les siècles ; elles doivent leur pérennité, leur force et leurs valeurs à la tradition, à l'Église et à une empreinte historique profonde. Si l'industrie a évolué, ces familles demeurent et transmettent des trésors immatériels qu'il est essentiel d’inscrire et de préserver. Merci encore.
Je prends la parole brièvement pour prolonger le discours de ce soir. Je viens vous présenter une pièce de théâtre, Le Secret des précieuses, actuellement jouée au théâtre des Gémeaux. L’histoire se passe en 1671 dans le salon de Ninon de Lenclos, qui reçoit Mademoiselle de Scudéry, Madame de Sévigné et Madame Scarron. Nous vous y accueillons tous les jours, sauf le dimanche.
C’est une très belle pièce, il faut vraiment aller la voir. Je voulais également signaler que nous avons des invitations pour visiter le château d'Esquelbecq, pure merveille de la fin du Moyen Âge et de la Renaissance flamande avec un parc magnifique, restauré grâce au formidable combat de Johan et Maud. Les visites auront lieu notamment les 21 et 22 septembre. https://pourvouslesprinces.com/ghislain-prouvost-18-septembre-2019-cercle-interalliee-le-paris-du-nord-pour-vous-les-princes/